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Pompiers et direction à couteaux tirés 

Climat tendu à Salaberry-de-Valleyfield

durée 07h00
14 mars 2022
Stéphane Tremblay
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Temps de lecture   :  

6 minutes

Par Stéphane Tremblay, Journaliste

Le torchon brûle entre le Syndicat des pompiers et pompières du Québec et la Ville de Salaberry-de-Valleyfield. Le feu est pris et ce n’est pas dans les négociations en vue du renouvellement de la convention collective que ça chauffe le plus, du moins pour l’instant.

La récente nomination du directeur du Service de sécurité incendie, Stéphane Dumberry, est perçue comme « une bombe atomique à retardement », par le syndicat des pompiers.

« Nous sommes très déçus de la décision du conseil », s’est empressé de dire le président de la section locale du Syndicat des pompiers et pompières du Québec, Martin Mercier, en entrevue téléphonique. « Pour nous, ça signifie que la ville cautionne l’installation de caméras cachées », lance-t-il. 

Ce dernier fait référence à une nouvelle exclusive de Néomédia, publiée au début du mois de mars, à l’effet qu’une caméra avait été dissimulée dans le plafond du seul bureau à la caserne de Saint-Timothée dans le but d’épier les moindres gestes des sapeurs. 

« L’employeur mentionne que la caméra avant été installée quelques jours avant de la trouver, fin février. Il nous mentionne aussi que seulement les images ont été enregistrées. Nous, on veut s’assurer que les conversations n’ont pas été captées à notre insu. C’est une atteinte à notre vie privée », dénonce fermement M. Mercier, précisant que tous les membres ont été indignés par cette façon de faire de la direction. En guise de protestation, ces pompiers portent dorénavant un chandail inscrit au dos « Souriez, vous êtes filmés ». 

Par le biais de son service des communications, la ville assure que  « la caméra n’enregistrait que des images et aucun audio. La caméra a été retirée depuis » a confirmé la ville par écrit.

Afin d’en avoir le cœur net, les syndiqués ont tout de même demandé à la Sûreté du Québec d’enquêter pour « une possible utilisation illégale d’un équipement électronique de surveillance ». L’enquête est en cours.

Intimidation et harcèlement 

La ville avait alors expliqué avoir installé cette caméra à la suite d’actes de vandalisme, supposément survenus récemment. 

Néomédia a mis la main sur une photo de l’un des deux objets présumément vandalisés. Il s’agit d’un habit de combat avec une bande fluorescente très peu endommagée. L’autre serait une petite pièce que l’on retrouve sur une bonbonne d’oxygène. 

« Des dizaines et des dizaines de fois par année, on doit réparer ces bandes réfléchissantes. Et régulièrement, on doit revisser ces pièces sur nos bonbonnes d’oxygène », souligne M.Mercier, qualifiant la raison de la ville de « ridicule ».

Incapable de décolérer, Martin Mercier dénonce les moyens utilisés par la ville pour des « banalités ».  « Ces méfaits sur les équipements ne sont rien. Avoir eu recours à une caméra cachée pour trouver un coupable, c’est comme utiliser un canon pour tuer une mouche », illustre M. Mercier, loin d’en rire.

Au contraire, il craint que cette inquiétante situation affecte les interventions du service. Chose certaine, des employés sont en arrêt de travail en raison du stress occasionné par cette histoire de caméra cachée, qui a fait les manchettes au niveau provincial.

Deux suspensions en moins d’un mois

Toujours dans le but de justifier sa décision d’avoir installé la caméra, la ville avait également ajouté vouloir surveiller ces pompiers relativement à des allégations de harcèlement et d’intimidation. 

« Un capitaine apprécié de tous a été suspendu dans la même semaine que nous avons découvert la caméra cachée dans le bureau où nous jasons de travail, de syndicat et de problèmes personnels. Nous sommes une équipe et parfois l’un de nos coéquipiers a besoin de se confier sur des problèmes familiaux. Il n’a pas le goût que sa vie privée soit étalée au grand jour », souligne M.Mercier.

Depuis, un deuxième capitaine en l'espace d’un mois a été suspendu avec solde, jeudi dernier, pour des gestes similaires que la direction reproche au premier. Dans les deux cas, le plaignant serait également un capitaine. 

« Soucieuse d'offrir un environnement de travail sain et favorable à ses employés, l’enquêteur externe mandaté par la Ville poursuit avec rigueur et méthode l'enquête administrative au sein du Service de sécurité incendie. L'organisation municipale n'a pas de nouveaux commentaires à formuler concernant les actions prises dans le cadre de cette démarche, et ce, par respect pour les parties prenantes et pour assurer la bonne conduite de l’enquête », nous explique dans un courriel Magali Joube, conseillère en communication à la ville.

Du syndicalisme 

Bien qu’il n’ait pas de preuve irrévocable entre les mains, Martin Mercier croit davantage que le climat malsain est directement attribuable au fait que les neuf capitaines désirent se syndicaliser.

Une présomption syndicale qui est vigoureusement réfutée par l’employeur. « L’expert externe à la Ville mène une enquête indépendante qui est conduite en parallèle des négociations syndicales et des opérations courantes. Ces trois éléments ne sont pas liés », a tenu à préciser madame Joube. 

Invité à commenter la rumeur voulant que les relations entre les deux partis se soient enflammées pour faire pression en ce début de renouvellement de la convention collective, M. Mercier répond:  « Nous sommes sans convention collective depuis décembre 2021, rien d’alarmant. Nos quelques rencontres de négociation se sont même passées relativement bien. Non, le climat tendu vient du fait que nous avons perdu confiance envers le directeur ». 

« Je persiste et signe. Le style de gestion de notre directeur est basé sur l’affrontement et l’antisyndicalisme », renchérit le syndicaliste.

Malgré ces « taches noires » au dossier et malgré que des enquêtes soient en cours impliquant le directeur Dumberry, la ville a décidé d’aller de l’avant en confirmant sa permanence, la semaine dernière, lors de la séance publique. 

Arrivé en poste en mars dernier, Stéphane Dumberry est responsable d’assurer la gestion globale des activités liées au Service de sécurité incendie de la ville, incluant la prévention et les opérations. « Nous n’avons pas été écoutés. Nous n’avons pas tenu compte de nos recommandations. On s’est carrément foutu de notre opinion », constate avec déception M. Mercier.

Réponses de la ville

Le syndicat aurait préféré que la période de probation de M. Dumberry soit prolongée, le temps de compléter les enquêtes. « Pourquoi que ça pressait de lui donner sa permanence? » s’interroge M. Mercier.

« La Ville ne s’est pas « empressée » de donner sa permanence au directeur du Service de sécurité incendie, la Ville a simplement suivi le processus normal : la période de probation se termine par une évaluation qui mène à la confirmation de la personne à son poste », a répondu Magali Joube, conseillère en communication à la ville.

La ville nie avoir reçu une demande explicite de la part du syndicat à l'effet de retarder la permanence de M. Dumberry.

« La permanence d'un cadre ne regarde pas les partenaires syndicaux, qu'il s'agisse des pompiers ou des autres groupes. Pour favoriser un climat de travail sain, toutes les parties ont intérêt à ne pas se substituer à l’expert externe mandaté et à laisser l’enquête se dérouler sans entrave. Il en va de même avec les sorties médiatiques récentes qui ne sont pas favorables aux échanges constructifs », de dire madame Joube.

Au départ, c’est le maire de Salaberry-de-Valleyfield, Miguel Lemieux, qui devait réagir, vendredi passé. Il avait même accepté l’entrevue demandée par Néomédia, plus tôt dans la semaine. Sauf que vendredi matin, quelques minutes avant le rendez-vous téléphonique, le cabinet du maire faisait savoir que celui-ci avait un contretemps. Le Service des communications et des relations publiques a également jugé que le dossier n’était pas de « nature politique ».

À lire également : 
Une caméra de surveillance installée à l’insu des pompiers de Salaberry-de-Valleyfield
 « Ça brasse dans la cabane! »

 

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