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Témoignage criant d'un travailleur de Vaudreuil-Soulanges

Un travailleur d'ici forcé de quitter le Québec pour obtenir sa résidence permanente

durée 18h00
31 août 2022
Marie-Claude Pilon
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Temps de lecture   :  

7 minutes

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

« C’est simple, ma petite dernière qui a deux mois a plus de droits que moi. » Voilà en quels mots comment Marco*, un travailleur dans le secteur de la construction, âgé dans la trentaine, décrit sa situation actuelle.

Par crainte de conséquences, l’ouvrier souhaite garder l’anonymat et a accepté de raconter son histoire à Néomédia. C’est pourquoi il a un prénom fictif dans cet article. C’est sur un chantier sur le chemin Duhamel, à Pincourt, qu’il nous a rencontré.

Le père de famille, de nationalité française qui œuvre au sein de l’entreprise Pompage Dynamic à Saint-Clet a la solution pour obtenir sa citoyenneté : quitter le Québec. Pourtant, c’est ici, dans la région de Vaudreuil-Soulanges qu’il s’est établi à son arrivée dans la belle province, il y a quatre ans.

« Le gouvernement passe son temps à dire que la solution au problème de pénurie de main-d’œuvre est la venue de travailleurs immigrants. Mais les bottines ne suivent pas les babines et c’est pas mal plus compliqué dans les faits», déplore-t-il d’entrée de jeu.

Marco a fait sa demande de résidence permanente il y a un an et son dossier est loin d’être traité. La preuve? Il n’a même pas reçu d’accusé de réception de la part du gouvernement provincial. Parmi les conditions à respecter pour le dépôt d’une demande, un des deux conjoints du couple devait avoir un conjoint sur le marché du travail alors que l’autre devait entreprendre des études. Ce que Marco et sa conjointe ont fait.

En octobre dernier, on rapportait qu'il fallait patienter en moyenne 26 mois pour recevoir son statut de résident permanent au Québec. Ce décompte n'inclut pas l'expérience de travail à accumuler au préalable et la demi-année avant d'être sélectionné par la province. 

Partir pour …pouvoir rester au pays

Face au silence d’Immigration Canada et devant l’urgence de sa situation, Marco a pris une décision majeure pour sa famille. Le 6 septembre prochain, Marco va se présenter en Alberta avec sa femme et ses deux filles âgées de 10 ans et deux mois afin de s’y établir et de devenir officiellement un citoyen du Canada après trois mois de travail à temps plein.

« Je suis tanné, écœuré, au bout du rouleau. Si on me disait demain matin que ma situation est réglée, je partirais quand même parce que je ne suis plus capable. Je n’ai pas droit à un seul jour de congé. Si je me blesse sur le chantier et que je dois me rendre à l’hôpital, je dois payer pour mes soins dès que je passe la porte. Je n’en peux plus. Je n’ai rien qui m’attend là-bas, pas de contacts, ou de travail, mais je m’en fous, je pars quand même et je me débrouillerai », lance le travailleur qui détient un diplôme pour opérer de la machinerie lourde connue sous le nom de grue girafe.

Marco poursuit en exposant une situation vécue dans les derniers mois. « Ma femme a donné naissance en juin et pendant toute la grossesse, on se faisait dire de se préparer parce que le séjour à l’hôpital nous coûterait cher parce que nous n’avions pas de RAMQ. Le hasard a voulu qu’on reçoive la carte de ma femme la veille de l’accouchement et finalement tout a bien été, mais on s’était préparés à payer les frais

Pas de droits malgré ses compétences

Depuis son arrivée en sol québécois, les compétences professionnelles de Marco ne sont pas reconnues par le gouvernement provincial. Sur le plan personnel, l’homme détient un permis de travail qu’il a pu renouveler trois fois, dont la dernière tout récemment. « Ça été compliqué de l’obtenir. Il est valide jusqu’en juin 2023 et je me suis fait dire que si je n’avais pas obtenu ma résidence permanente d’ici là, je ne pourrai pas le renouveler. C’est le permis de la dernière chance. Quels choix me reste-t-il?», questionne-t-il.

Le métier de Marco consiste à manipuler un appareil dont la valeur oscille entre 800 000$ et 900 000$. Les postes liés à ce secteur sont affichés à 31 $ de l’heure dès l’embauche. Dans son bagage, Marco détient une carte ASP (sécurité au travail), une carte de la Commission de la construction du Québec, un permis de conduire classe 3 lui permettant de manœuvrer l’engin en plus d’avoir reçu une formation de 250 heures de son employeur.

« L’an passé, j’ai travaillé 1 800 heures. Je fais pratiquement du sept jours sur sept pour subvenir aux besoins de ma famille et pour répondre aux exigences du gouvernement. J’ai payé trois fois 3 000$ en lien avec mon dossier, j’ai passé deux examens de français et ce n’est pas encore assez. J’ai des déductions à la tonne sur ma paie, mais aucun droit et surtout pas d’assurances chômage ou santé. Je n'ai aucun recours. Ça n’a pas de sens », résume le jeune homme que son supérieur qualifie de poli, serviable, fiable, travaillant et professionnel.

Un employeur en colère

Appelé à commenter, l’employeur de Marco est en colère de perdre un bon employé qualifié et fiable en ces temps où il est difficile d’en trouver. « Je dois refuser des contrats par manque de personnel et une situation comme celle-là survient. C’est à n’y rien comprendre. C’est certain que son départ aura des conséquences pour nous, mais moins que sur lui qui doit tout recommencer à zéro là-bas », indique Jean-Guy Caron, propriétaire de Pompage Dynamic.

Dénicher un successeur à Marco ne sera pas chose facile pour l’entrepreneur. « La personne devra détenir un permis de classes 1 et 3 et déjà là, ça n’existe presque plus dans le domaine. Je fais beaucoup de publicité, mais c’est très rare. Et si j’engage quelqu’un qui ne détient pas ces classes de conduite en particulier, je vais devoir engager quelqu’un qui les a pour le conduire entre temps! Quant à l’obtention des cartes pour la CCQ, ce n’est pas vraiment moins compliqué », image-t-il.

M. Caron explique que pour obtenir des cartes émises par la CCQ, le travailleur doit avoir un employeur qui lui garantit un minimum d’heures pour sa formation.  « Souvent ce n’est pas là le problème. La CCQ peut décider qu’il y a assez de travailleurs au Québec qui détiennent ses cartes et refuser de lui en émettre une. Plusieurs détenteurs actuels de cartes de la CCQ ont un autre emploi et les gardent au cas où ils en auraient besoin. Il faut seulement être payé quatre heures par an pour pouvoir conserver sa carte. Cette façon de faire bloque donc l’arrivée d’un nouveau bassin de main-d’œuvre dans l’industrie, ce qui nous rend la vie difficile », illustre M. Caron.

L’homme d’affaire est découragé de voir Marco s’en aller, mais il le comprend. « J’en ai vu au fil du temps en plus de 30 à mon compte, mais c’est la première fois que je vois qu’on met autant de bâtons dans les roues de quelqu’un», conclut-il.

Passer au travers du même processus deux fois

Sans commenter directement le cas de Marco publiquement, car chaque cas est différent, la députée fédérale de Salaberry-Suroît, Claude DeBellefeuille a accepté de livrer quelques commentaires.

« Des cas de travailleurs francophones, formés et intégrés dans une entreprise, contraints de retourner chez eux ou de s’installer ailleurs pour accéder à la résidence permanente, nous en voyons souvent à notre bureau. Ce n’est ni logique ni humain. On parle de familles qui habitent ici depuis souvent quelques années », écrit-elle dans un premier temps par voie de courriel.

Elle met en lumière une importante lacune du ministère selon elle. « Les délais en immigration sont longs, les démarches fastidieuses, et on constate souvent un grand manque de suivi et de transparence par le ministère. Les gens font leur démarche, attendent et restent sans réponses. Les gens vivent dans l’incertitude.»

Enfin, elle admet que le cas du Québec est particulier. « Les gens font leur demande à Québec puisqu’ici, on choisit notre immigration. C’est génial, puisque ça nous donne l’opportunité de prioriser les candidats francophones. Le problème, c’est qu’une personne sélectionnée par Québec doit ensuite recommencer le processus avec Ottawa. Ça double pratiquement les délais. Il y a une étape de trop, qui ralentit tout le monde! C’est pourquoi le Bloc Québécois demande que Québec ait la pleine responsabilité de son immigration. On est capable et ça éviterait aux gens de vivre des situations franchement pathétiques », conclut-elle.

De son côté, le bureau de Marilyne Picard qualifie de regrettable le départ de Marco vers une autre province. Toutefois, on ne s'avance pas sur les raisons qui peuvent expliquer les délais dans son dossier. « C'est difficile de commenter en ne connaissant pas tous les éléments du dossier de cet homme. Il y a en effet une demande de plus au niveau provincial à faire pour les immigrants qui souhaitent obtenir la résidence permanente. Il faut avoir en main un certificat de sélection du Québec et passer un examen. Qu'est-ce qui bloque précisément dans le dossier de Marco? Je ne peux pas le dire puisqu'il n'est pas venu nous voir.»

L'équipe du bureau de comté de la députée sortante invite Marco à se rendre dans ses locaux pour une rencontre. « Même s'il quitte, il peut quand même venir nous voir. Nous serons en mesure de l'aider et de comprendre ce qui bloque et pourquoi. C'est certain qu'il est regrettable qu'il parte alors que les besoins en main-d'oeuvre sont si importants», a indiqué l'intervenante au bout du fil. 

En terminant, est-ce que Marco a des regrets ? « Honnêtement, un peu. J’aurais dû partir avant vers une autre province. Mais même si on me disait que tout est réglé, je ne changerai pas d'idée, j’ai ma fierté quand même », conclut celui qui prépare son départ vers l'Alberta. 

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