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21 décembre 2021 - 15:45

Coup de cœur de l’année

Infirmier et pompier, il a l’action dans la peau

Benjamin Richer

Par Benjamin Richer, Journaliste

Jusqu'à tout récemment infirmier au département de santé de Bombardier, Jean-Guy Poulin, pompier à ses heures, s’est rendu compte avec la pandémie qu'il se passionne pour l’action. À l’âge de 54 ans, il retourne au front dans le système hospitalier. Le coup de cœur de l'année de Néomédia va donc à M. Poulin pour son implication.

Que ce soit comme pompier au Service de sécurité incendie de Rivière-Beaudette, où il a travaillé sur l’implantation du gyrophare vert, ou comme infirmier, Jean-Guy Poulin se voue à aider les autres et faire une différence. 

Ce sentiment qu’il retrouvait comme pompier à temps partiel, il le retrouvait moins chez Bombardier vers la fin. C’est en orchestrant une campagne de vaccination contre la COVID-19 pour le fabricant aéronautique montréalais et pour Air Canada que le déclic s’est fait. « C’est ça qui m’a donné la piqûre de revenir », dit-il sans vouloir faire de jeu de mots. 

M. Poulin a été libéré à temps plein pour coordonner l’une des plus grandes opérations de vaccination en entreprise de la province. Au total, 21 000 doses ont été administrées dans l’un des hangars à l'aéoroport, où surplombait un jet. Cette clinique a valu la visite de ministres. « C’est ma plus grande réalisation », ajoute-t-il. 

L’infirmier avait retrouvé la flamme du métier. Une fois la campagne terminée en septembre, il a annoncé à son employeur qu’il retournait en milieu hospitalier, un endroit qu’il n’avait pas vu ou presque depuis une dizaine d'année.

M. Poulin a fait signe à l’infirmière en chef de l’Hôpital du Suroît à Salaberry-de-Valleyfield, son ancien lieu de travail. Elle l’a pris avec les bras ouverts. 

À son arrivée pour une première journée d’observation, ses anciennes collègues, encore en poste, lui ont offert un gâteau. Jean-Guy Poulin a été particulièrement touché par cet accueil chaleureux. 

Après avoir complété sa mise à jour, il a officiellement commencé à l’urgence le 15 novembre dernier. « Ce n’est plus la petite urgence que j’ai connue », affirme-t-il. 

Interviewé peu de temps avant son entrée, M. Poulin ne cachait pas son excitation. « Je suis rendu dans mon dernier stretch de vie professionnelle. Je décide aujourd’hui de faire un X sur ce que je veux être et ce que j’aime le plus faire. J’aime être au patient. J’avais besoin de cette relation privilégiée de prendre soin d’une personne », raconte-t-il.

Aller au front

Jean-Guy Poulin arrive dans un réseau de la santé usé, où les membres du personnel sont à bout. « Je sais que je m'en vais à la guerre et que ça va être dur », admet-il. 

Ce dernier garde toutefois espoir. « Le réseau, ce n’est pas d’aujourd’hui qui en arrache [...] Je pense qu’une paire de bras de plus va aider, mais il faut continuer à essayer de recruter. Je suis convaincu que le peu que je vais faire, ça va être positif. Ça va aider ceux qui sont là, parce que ceux qui ont persévéré, ils y croient encore », témoigne-t-il. 

Pour ce qui est des conditions de travail, M. Poulin affirme qu’elles étaient mises à mal avant la pandémie. Le temps supplémentaire obligatoire était déjà coutume au début des années 2000. « On savait à quelle heure on entrait, mais pas l’heure qu’on sortait. » 

M. Poulin est néanmoins déterminé à faire une différence et avoir du plaisir au travail. « Je trouve que ça va être une belle fin de carrière », précise-t-il. Il a également l'appui de sa famille. « Ils savent comment je suis passionné », précise-t-il. 

Jean-Guy Poulin est aussi l’une de ces personnes qui carburent à l’adrénaline. Il trouve stimulant d’être toujours « à vif » et d’orienter les patients vers les bons services. 

« C’est un peu comme dans un incendie. Tu n'as pas 20 minutes pour évaluer ton feu, parce que lui, chaque minute, il brûle. C’est pareil quand ton patient arrive avec une forte douleur à la poitrine, il faut que tu puisses le prendre en charge », explique-t-il. 

Une implication qui se poursuit 

Outre son métier d’infirmier, Jean-Guy Poulin est pompier à temps partiel à la municipalité de Rivière-Beaudette depuis 2013. 

Dès son arrivée, il a fait face à une problématique importante. « À mon premier appel, j’ai tellement eu de misère pour me rendre à la caserne. J’ai vu qu’un gyrophare vert existait ailleurs et je me suis demandé pourquoi on n’en avait pas au Québec », indique-t-il. 

Ce dispositif permet de signaler aux automobilistes qu’un pompier est sur une urgence. « La personne en avant qui cherche une adresse ou qui roule lentement un dimanche matin sur le long de la 338, comment je pouvais m'identifier à lui pour dire que je ne suis pas en retard pour aller chercher mes enfants à la garderie, mais que je m’en vais sur un accident, un incendie ou un arrêt respiratoire? », questionne-t-il. 

M. Poulin a alors posé une question simple dans un groupe Facebook de pompiers : « pour ou contre le gyrophare vert? ». Cela n’aura pris que quelques heures pour que la publication dépasse les 200 commentaires.

Dès lors, il commence à fraterniser en ligne avec quatre autres pompiers, notamment de Gatineau et de la Beauce. « On ne s’était jamais vu ni parlé », s’étonne-t-il. 

Une longue aventure commence. Le groupe dépose en février 2014 une pétition à l’Assemblée nationale et cinq mois plus tard un mémoire à l’Association des chefs de sécurité incendie du Québec. Un projet-pilote est lancé l’année suivante. 

La décision du ministère des Transports est finalement rendue en août 2020. Victoire, il est autorisé, mais sous certaines conditions, dont la conduite exemplaire du pompier. 

Même s’il n’est pas une panacée, le gyrophare est un outil de plus dans le coffre des pompiers pour M. Poulin. « Celui qui en a besoin va l’avoir », se réjouit-il. Chaque municipalité peut en faire la demande. Saint-Zotique est devenue la première dans Vaudreuil-Soulanges à adopter le dispositif au mois d’août dernier et d’autres emboîteront le pas.

Bien que Jean-Guy Poulin soit de retour en hôpital, loin de lui l’idée d'abandonner son rôle de pompier à temps partiel. C’était d’ailleurs l’une de ses conditions d’embauche. Il fait donc trois journées de douze heures à l’hôpital et il reste disponible pour les urgences à Rivière-Beaudette durant les autres journées de la semaine.

Pour lui, être dans un habit de combat ou dans un uniforme médical, le sentiment de valorisation est le même. Il entend ainsi finir sa carrière en continuant d’être au service des autres.

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