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8 novembre 2021 - 16:29

Le test reste un frein

Assouplissement des mesures à la frontière canado-américaine

Par La Presse Canadienne

Les voies en direction sud sur la route de la reprise post−pandémique de l’Amérique du Nord rouvriront enfin lundi alors que les États−Unis mettent fin à près de 20 mois d’exil controversé en raison de la COVID−19 et permettent aux voyageurs entièrement vaccinés de traverser la frontière terrestre canado−américaine.

À partir de minuit, les voyages non essentiels reprendront dans les deux sens pour la première fois depuis mars 2020, lorsque les deux pays ont imposé des mesures sanitaires radicales, mais sélectives dans l’espoir de ralentir la propagation du virus – la première fermeture généralisée de la frontière depuis les attentats terroristes du 11 septembre, il y a 20 ans.

Après près de deux ans, cependant, l’excitation n’est pas exactement palpable.

«Nous sommes de l’autre côté, espérons−le, mais si la frontière devait fermer à nouveau, ils doivent vraiment se rendre compte que les familles sont essentielles», a déclaré Kim Patchett, qui vit avec son mari Barry à Saugeen Shores, en Ontario, à l’ouest d’Owen Sound sur les rives du lac Huron.

Se rendre à Philadelphie pour rendre visite à sa fille Kaity, à son gendre américain Jesse et à sa petite−fille de trois ans Ilsa – ce qui était la routine autrefois, ne coûtant que 80 $ pour faire le plein de diesel – a été une aventure coûteuse et frustrante depuis que les mesures ont été imposées.

Le couple a fait le voyage deux fois, dont une fois par avion à Noël dernier, puis à nouveau en septembre pour le troisième anniversaire d’Ilsa. Pour ce voyage, ils ont loué un hélicoptère pour traverser la frontière et un service de transport de voitures pour livrer leur VUS sur le sol américain avant de conduire durant le reste du trajet.

Ensuite, il y a l’exigence canadienne que tous les voyageurs soumettent les résultats d’un récent test PCR pour prouver qu’ils ne sont pas malades, une dépense qui au Canada peut aller de 150 $ à 300 $ par personne.

Tout compte fait, Mme Patchett estime qu’ils ont dépensé 6000 $ pour des voyages qui ne leur auraient normalement coûté que 320 $.

«Nous étions là pour pouvoir donner un coup de main, pour donner un vrai câlin personnel, vous savez? Pour simplement s’asseoir et écouter ou pour jouer, et vous ne pouvez pas faire ces choses sur FaceTime.»

Ils voyageront à nouveau pour l’Action de grâce américaine plus tard ce mois−ci, lorsque – selon les règles actuelles – ils devront dépenser 500 $ supplémentaires en tests pour pouvoir rentrer au Canada.

«C’est très frustrant», a déclaré Mme Patchett.

«Voulez−vous embrasser vos enfants? Voulez−vous mettre vos petits−enfants au lit? Voulez−vous vous asseoir et faire un puzzle par terre avec eux, courir dans la maison et faire beaucoup de bruit? Ce sont des choses qui nous ont été enlevées.»

Avant la pandémie de COVID−19, Joelle Deslippe, qui vit à Windsor, en Ontario, a acheté une résidence de vacances dans le Michigan comme lieu de rassemblement à mi−chemin afin qu’elle n’ait pas à faire le trajet complet de cinq heures lorsqu’elle voulait rendre visite à sa famille à Sault−Sainte−Marie, Ontario.

Ce chalet, qui est dans un état de rénovation partielle, est resté en grande partie sans surveillance et exposé à Dame nature – et Mme Deslippe est terrifiée en pensant à ce qu’elle pourrait dévoucrir lorsqu’elle y reviendra enfin.

«J’ai vraiment peur de revenir en arrière et de voir combien de réparations supplémentaires nous allons devoir faire maintenant, a−t−elle déclaré. Ça fait 20 mois d’anxiété.»

Mmes Patchett et Deslippe sont toutes deux membres de «Families are Essential» (Les familles sont essentielles), l’un des nombreux groupes de militants qui sont nés sur les réseaux sociaux au cours de la pandémie alors qu’il est devenu clair que les restrictions aux frontières terrestres n’allaient pas disparaître de sitôt.

Leur cause a évolué rapidement. Au début, elle visait à la fois Washington et le gouvernement fédéral à Ottawa, puis ciblait principalement la Maison−Blanche et les membres du Congrès lorsque le Canada a recommencé à autoriser les visiteurs entièrement vaccinés en août.

À son apogée, les membres ont mené des campagnes d’envoi de lettres virulentes, un déluge de témoignages sur les réseaux sociaux et même des «publicités d’attaque» financées par le groupe qui comparaient les mesures à la crise des otages en Iran.

Dès que les États−Unis ont annoncé que les voyageurs entièrement vaccinés auraient l’autorisation de traverser la frontière terrestre avec une seule preuve de vaccination pour accompagner leur passeport, l’attention s’est à nouveau déplacée – cette fois vers le test moléculaire de COVID−19 que le Canada exige toujours.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a indiqué vendredi qu’Ottawa était bien conscient des inconvénients et que «nous examinons cela avec beaucoup d’attention». L’Agence des services frontaliers du Canada a cependant rappelé au même moment que les tests demeurent nécessaires.

Non seulement la dépense décourage les gens de voyager, mais c’est une mesure vouée à l’échec qui fait peu pour améliorer la sécurité publique, a déclaré Perrin Beatty, un ancien ministre fédéral qui est maintenant président de la Chambre de commerce du Canada.

«Ça n’a tout simplement aucun sens», a déclaré M. Beatty en entrevue.

Il a souligné la propre règle du gouvernement fédéral selon laquelle si un voyage aux États−Unis dure moins de 72 heures, les voyageurs peuvent passer leur test au Canada avant de partir et présenter les mêmes résultats à leur retour au pays.

«Qui est protégé par cela? Tout cela ne fait que gaspiller de l’argent et faire perdre du temps aux gens.»

Cela crée également ce que Beatty qualifie de «frottements» le long d’une frontière où les gens sont censés pouvoir traverser librement, «mais où le coût et les tracas administratifs sont si importants que les gens abandonnent tout simplement».

«Les frictions ont essentiellement signifié que les gains que le secteur canadien du tourisme espérait réaliser lorsque le Canada a ouvert ses frontières aux personnes venant au nord ne se sont tout simplement jamais matérialisés», a−t−il déclaré.

Le membre du Congrès de New York Brian Higgins, l’un des premiers militants de l’assouplissement des mesures une fois que les vaccins contre la COVID−19 sont devenus largement disponibles, tiendra une conférence de presse lundi aux côtés des maires et des dirigeants communautaires des deux côtés de la frontière pour exhorter le Canada à abandonner l’exigence.

Ce ne sont cependant pas tous ceux qui envisagent de profiter des nouvelles règles qui se plaignent.

Tout au long de la pandémie, Betty Chaborek, qui vit également à Windsor, a regardé avec envie pendant des mois de longues files de camions semi−remorques serpenter à travers la frontière terrestre via le pont Ambassador. Le commerce et l’activité commerciale ont été autorisés à se poursuivre depuis le début.

Mme Chaborek avait l’habitude de se rendre dans le Michigan pour rendre visite à sa fille, son gendre et leurs deux enfants presque tous les week−ends avant le début de la crise sanitaire mondiale.

Alors qu’elle se prépare à faire le voyage vendredi prochain, elle a déclaré qu’elle «avait hâte» de renouer avec une tradition familiale de longue date.

«Je suis très, très emballée d’y aller, a déclaré Mme Chaborek lors d’un entretien téléphonique. Maintenant, je me demande si nous devrions parler d’avoir l’Action de grâce (américain) tôt là−bas.»

Avec des informations de Noushin Ziafati à Toronto

James McCarten, La Presse Canadienne

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