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10 mars 2021 - 07:00

Cri du coeur d'un médecin de Vaudreuil-Dorion

Le CISSSMO se remettra-t-il de la crise?

Jessica Brisson

Par Jessica Brisson, Journaliste

Manque de personnel, temps supplémentaire obligatoire en tout temps, délestage à outrance, temps d’attente interminable à l’urgence, bref, la situation au Centre de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest (CISSSMO) va de mal en pis si bien que des médecins s’élèvent contre l’administration.

Parmi ceux-ci le docteur Sylvain Dufresne, président de l’Association des médecins omnipraticiens du Sud-Ouest met en lumière le manque de communication entre les divers intervenants, mais plus encore, il déplore l’absence de leadership de la direction du CISSSMO. « Les médecins n’ont plus confiance en Yves Masse [PDG du CISSS de la Montérégie-Ouest]. »

Bien que diverses interventions et demandes aient été faites à l’administration du CISSSMO, aucune action concrète n’a été prise, selon M. Dufresne. « Malgré tout ce brasse-camarade-là, ce sont les patients qui en paient le prix. Ils n’ont pas les soins auxquels ils ont droit. C’est déplorable », poursuit-il.

Un délestage mal géré

Depuis toujours le manque de personnel infirmier est au coeur des discussions sur le territoire de la Montérégie-Ouest. Au plus fort de la première vague, le CISSSMO a délesté un bon nombre d’infirmières pour combler les besoins des CHSLD qui, rappelons-le, ont été durement touchés au printemps 2020.

« On nous a demandé de délester toutes nos infirmières en groupe de médecine familiale et le CISSSMO nous garantissait qu’elles allaient prêter main-forte dans les CHSLD, dans les milieux en éclosion. En vérité, nous ne savons pas où elles sont allées. Certaines ont été délestées en zone froide, où il n’avait pas d’éclosion, d’autres ont été dans les CHSLD, mais une fois l’éclosion terminée elles ne savaient pas où aller. Pire encore, des infirmières se sont littéralement retrouvées chez elles, en vacances », s’indigne le Dr Sylvain Dufresne.

Un an plus tard, la grande majorité des infirmières n’ont toujours pas retrouvé leur poste initial, soit en médecine familiale ou en urgence. « Ici à la clinique (Des Trois-Lacs) nous devons avoir quatre infirmières. Il y en a seulement qu’une qui est revenue », indique le Dr Dufresne. Qui plus est, le CISSSMO aurait, selon le Dr Dufresne, offert de rapatrier un peu moins d’une dizaine d’infirmières qui travaillent actuellement dans les cliniques d’évaluation. « Les directives de la Santé publique sont claires, dans les groupes de médecine familiale (GMF), on ne peut pas recevoir ou traiter un patient qui présente des symptômes de COVID-19. Ceux-ci doivent obligatoirement passer par les cliniques d’évaluation (CDE). Donc, le CISSSMO nous proposait de prendre les infirmières dans les cliniques d’évaluation et de les transférer dans les GMF. Mais, les CDE doivent rester en service. Comment les patients vont pouvoir se faire évaluer s’il n’y a plus de services? », déplore le docteur.

« Le problème est plus grand qu’un manque de personnel, c’est la gestion qui est déficiente », ajoute le Dr Dufresne.

Les infirmières sur le terrain à bout de souffle

De son côté, la présidente du syndicat des professionnels en soins de la Montérégie-Ouest, Mélanie Gignac, indique : « Il n’y a pas de qualificatif assez fort pour décrire la détresse des professionnels. Les infirmières n’ont plus de voix pour se faire entendre. La seule voix qui reste aux infirmières sont les sit-in, mais même là, le tribunal administratif nous retourne au travail en nous disant que nous mettons en danger la vie des patients. Mais le fait qu’il manque huit infirmières à l’urgence n’est pas un problème en soi », déplore-t-elle.

Au cours de la dernière fin de semaine, les infirmières ont tenu deux sit-in à l’urgence de l’Hôpital du Suroît. Un troisième a quant à lui été évité de justesse.

En entrevue avec Néomédia, Mme Gignac souligne que quelque 900 infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires ont quitté le navire depuis le début de la pandémie, et ce, seulement sur le territoire de la Montérégie-Ouest. « La situation était invivable avant même la pandémie. Celle-ci est tout simplement venue amplifier les problèmes. Au début de la crise, il manquait environ 400 professionnelles. 300 ont quitté, démissionné ou ont littéralement déserté la profession, et un autre 600 est actuellement en congé soit de maladie, de maternité ou autre. Il y a des gens qui démissionnent toutes les semaines, mais l’employeur veut maintenir ses services à 100% », ajoute Mme Gignac.

Des 300 employés qui ont quitté, environ, 200 avaient moins de cinq années d’expérience selon la présidente. « Les gens qui démissionnent, ce n’est pas pour se réorienter dans le domaine de la santé. Au contraire, ils changent littéralement de milieu », ajoute-t-elle.

Conséquence du manque de personnel, le temps supplémentaire est désormais obligatoire partout, en tout temps, peu importe le département. « Nous n’arrivons pas à couvrir l’horaire de travail normal », poursuit Mélanie Gignac.

Selon Mme Gignac, le creux que vit actuellement le système de santé est pire que toutes les mesures imposées, dans le passé, par les anciens gouvernements. « On ne prend pas soin de nous. Le système de santé où l’on soigne des gens est en train de rendre malade son propre personnel. Nous sommes des anges gardiens battus au fer rouge », ajoute la présidente syndicale.

« Quand la pandémie va arrêter, le CISSSMO ne pourra plus se fier aux arrêtés ministériels pour administrer. Du moins on l’espère. Ceci étant dit, je ne sais pas comment il va survivre », conclut Mme Gignac.

Évaluation de la mobilisation et du leadership

Néomédia a tenté de joindre directement M. Masse plus tôt ce mardi afin d’en savoir plus. C’est toutefois via une déclaration envoyée par courriel que ce dernier a donné suite à notre demande d’entrevue.

Bien au fait de la situation, le président directeur général du CISSSMO, Yves Masse dit prendre très au sérieux, le cri du coeur des médecins et du personnel de première ligne. « Je tiens à affirmer que mon équipe et moi travaillons sans relâche depuis 12 mois à trouver des solutions aux différents enjeux dans ce contexte de crise sanitaire. Je vous assure que toutes nos décisions, mêmes celles les plus difficiles, ont été prises avec les meilleures intentions possibles dans le but d’offrir des soins de santé et des services sociaux à notre population », indique-t-il.

Concernant les mesures mises en place, M. Masse estime que de nombreuses réalisations ont été faites, notamment l’adaptation de l’offre de service à la population, l’ouverture des cliniques d’évaluation, des cliniques de dépistages et l’ouverture d’unités chaudes incluant des lits de soins intensifs.

« Au cours de la 2e vague, notre CISSS a fait face à plusieurs éclosions tant dans les unités hospitalières que dans les CHSLD qui ont demandé une réorganisation constante afin de pouvoir continuer d’offrir des soins de santé et de services sociaux, tout en maintenant en activité les nouveaux services spécifiques à la COVID-19 et en considérant que présentement 300 employés sont absents ou en investigation ou sont affectés à des tâches COVID. »

Finalement, M. Masse confirme avoir « demandé un soutien au ministère de la Santé et des Services sociaux pour réaliser un diagnostic de santé du fonctionnement de notre comité de direction incluant une évaluation de la mobilisation et du leadership. »

« Il est temps que quelqu’un agisse comme si nous sommes en pandémie et qu’on donne les soins adéquats aux patients », conclut le Dr Sylvain Dufresne.

 

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