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3 septembre 2020 - 09:00

Action du Regroupement des centres montérégiens

Maternelle 4 ans: une lettre ouverte au ministre de l’Éducation

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Le Regroupement des centres de la petite enfance en  Montérégie (RCPEM) dont le CPE Bobino de Beauharnois fait partie, a publié récemment une lettre ouverte destinée au ministre de l'Éducation Jean-François Roberge.

Le but: rappeler que, selon le regroupement, « l’idée des maternelles 4 ans est absolument inappropriée pour les enfants et tient peu compte de leurs besoins ». En temps de pandémie et de mesures strictes dans les services de petite enfance, le regroupement démontre une volonté ferme de recentrer les priorités ministérielles.

Voici la lettre dans son intégralité: 

« Dans sa parution du 22 août 2020, le journal Le Devoir titrait : Québec garde le cap sur la maternelle 4 ans. Cet article faisait suite à une entrevue que vous leur avez accordée sur différents sujets concernant la rentrée scolaire en situation de COVID-19, et vous avez annoncé en dépit de la pénurie avérée d’enseignants au Québec, que : « quelque 350 nouvelles classes de maternelles 4 ans ouvriront ainsi comme prévu cet automne malgré la  pandémie. »

Faut-il le rappeler, le Regroupement des CPE de la Montérégie (RCPEM), sur mandat de ses membres et suivant les recommandations de notre argumentaire élaboré dans le cadre de la consultation sur la réussite éducative, a pris position contre ce projet depuis 2018 et défend ardemment l’idée que « les enfants apprennent en jouant », énoncé soutenu par de nombreux spécialistes et acteurs du milieu de la petite enfance.

Il s’agit dans le cadre de cette rentrée scolaire et en réponse à votre annonce, de vous rappeler les raisons pour lesquelles nous défendons l’apprentissage par le jeu pour les enfants de 4 ans; si ce n’est pas pour vous obliger à faire machine arrière, tout au moins pour que vous n’oubliiez pas combien la pression scolaire sur des enfants en bas-âge peut avoir des effets pervers.

On peut comprendre que des parents désirent une scolarisation précoce de leur enfant; cependant, il est du devoir des spécialistes de la petite enfance d’attirer l’attention des gouvernants et des populations sur les dangers de cette pratique.

«À 4 ans personne n’est prêt pour l’école»

Dans le secteur de la petite enfance, Monsieur le ministre, nous parlons « d’accompagnement par des adultes qualifiés et bienveillants » pour aider les enfants à trouver leur voie dans un environnement sécurisant et adapté. L’accent est mis sur les acquisitions désirées par l’enfant tout en respectant son rythme individuel. Alors que dans le secteur scolaire, les développements pédagogiques et didactiques dominent fortement, et instaurent ainsi un environnement qui ne garantit d’aucune façon la qualité des résultats.

La raison est que cet environnement contraignant pour les jeunes enfants, néglige tous les processus éducatifs auxquels ils doivent passer pour développer pleinement et efficacement leurs
potentiels.

Une équipe conjointe de psychologues des Universités du Colorado et de Denver, a étudié l’horaire de 70 enfants âgés de 6 ans. Les chercheurs ont découvert que les enfants qui passent
davantage de temps dans des activités « moins structurées » ont un meilleur développement de leur capacité d’autogestion. Sachant que la capacité d’autogestion est un indicateur du rendement scolaire, les activités moins structurées ne peuvent être favorables aux enfants de 6 ans sans l’être davantage à ceux de 4 ans.

D’autres arguments contre la scolarisation précoce, notamment pour les familles les plus en difficulté doivent nécessairement attirer votre attention et nourrir vos décisions :

  • Le taux d’encadrement par groupe d’enfants est trop bas (1 pour 20 en maternelle) pour garantir un accompagnement efficace et individuel aux enfants de 4 ans.
  • L’organisation des espaces extérieurs à l’école est inadéquate pour les tout petits et offre peu de possibilités de passer du temps de qualité à l’extérieur nécessaire pour grandir en santé.
  • L’attention insuffisante portée aux repas et au sommeil en raison des horaires des écoles en discontinuité avec les autres services (service de garde scolaire et services aux dîneurs).

Apprendre en jouant

En réponse au projet des "Maternelles 4 ans", le Regroupement des CPE de la Montérégie avait lancé la campagne : Jouer pour le plaisir d’apprendre. Dans une démarche explicative, nous nous étions engagés à sensibiliser le public sur l’importance du jeu dans le cursus d’apprentissage de l’enfant et convaincre ainsi de l’improductivité de mettre des jeunes enfants de 4 ans dans un format restrictif et inapproprié du jeu, tel qu’il est admis en maternelle.

Nous disions dans notre campagne que : « Le jeu, dans sa forme la plus pure, est imaginatif, non structuré et initié par l’enfant. Il a un impact sur toutes les sphères de son développement. Jouer, c’est fondamental. En CPE, les enfants ont le DROIT et le TEMPS de jouer. »

La différence, Monsieur le ministre, c’est qu’à l’école, on fait jouer les enfants pour apprendre, alors que dans les CPE les enfants apprennent en jouant. C’est en leur offrant la capacité et la flexibilité pour apprendre par eux-mêmes qu’ils développent leurs aptitudes à l’acquisition de connaissances et non en les réglant en dépit de la différence de potentiel et de rythme qu’on observe indubitablement chez les jeunes enfants.

Maintenir les enfants dans un cadre adéquat

Dans une société qui désire la réussite de ses citoyens, la qualité de l'accueil de l'enfant dans les milieux qui lui sont réservés tel le réseau des services éducatifs à la petite enfance, devrait être pour l’ensemble des gouvernants un objet de préoccupation constante. Depuis 46 ans, le Regroupement des CPE de la Montérégie travaille ensemble avec tous ses partenaires, pour offrir aux enfants du Québec des milieux de prise en charge correspondants à leurs besoins et propices à leur développement harmonieux.

L’expertise des intervenants en petite enfance au Québec est reconnue et leurs expériences enrichissent plusieurs pays. Nos enfants sont bien dans nos CPE et nos services de garde, parce que plusieurs années de travail et de conciliations ont permis de créer ces cadres régis qui leur offrent un bien-être assuré.

S’il n’est pas question de « déformater » les maternelles pour les adapter davantage aux enfants de 4 ans selon ce qui précède, peut-on tout simplement maintenir les enfants dans les CPE et les services de garde afin qu’ils aient la pleine latitude de se développer et s'épanouir suivant leur âge et selon les processus d’éducation qui leurs sont adaptés?

Agir pour l’avenir

Les citoyens bien formés, heureux et utiles à la société ne seront pas ceux qui auront brûlé les étapes et seraient passés à côté de leur enfance, mais bien ceux qui auront fait leurs apprentissages suivant leur propre rythme. C’est préparer un avenir plus solide que de laisser l’enfant appréhender son environnement par lui-même, selon sa curiosité et en toute liberté, sans contraintes et sans autres restrictions que celles qu’exigent sa prise en charge sécuritaire.

L’idée des « maternelles 4 ans » est absolument inappropriée pour les enfants et tient peu compte de leurs besoins. Nul autre pour le dire et l’expliquer Monsieur le ministre, que des gens investis au quotidien c'est à dire les intervenants immédiats en petite enfance, qui ont à cet effet signé massivement, une Charte du droit au jeu.

Ce sont donc nos membres, éducateurs et éducatrices en petite enfance, directrices générales de CPE, adjoints et adjointes de directions, conseillères pédagogiques, agents de soutien technique et de soutien pédagogique, agents de conformité et responsables d’alimentation, formateurs et formatrices spécialisés en petite enfance etc. qui à travers le Regroupement des CPE de la Montérégie (RCPEM) vous font ce rappel utile et vous invitent à reconsidérer la question des maternelles 4 ans. Une bonne fois pour toutes. »

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