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29 octobre 2019 - 06:00

36 heures après les tristes événements, la victime raconte son histoire

EXCLUSIF « J'ai vraiment eu peur de mourir. »

Jessica Brisson

Par Jessica Brisson, Journaliste

Âgée de 33 ans, la résidente de Saint-Lazare prise en plein coeur de l'opération policière qui s'est déroulée sur la rue Moïse-Thérrien, dimanche le 27 octobre, a vécu des moments d'angoisse et de peur. Un autre cas de violence conjugale, qui vient mettre en lumière une réalité encore trop présente dans notre société. 

« Ça fait cinq mois qu'on se connaît. C'est une amie à moi que me l'a présenté. Elle ne le connaissait pas beaucoup elle non plus », se confie la victime. C’est en mai dernier, que la jeune femme a fait la rencontre de homme âgé de 23 ans. « Il m'a parlé de son passé difficile, il disait qu'il ne voulait pas retourner chez sa mère, je l'ai donc invité à rester chez moi. À ce moment-là, je ne savais pas encore qu'il avait un gros dossier judiciaire. »

En effet, l‘homme connu des policiers, Alexandre Fillion, aurait déjà fait un séjour derrière les barreaux. Actuellement détenu et formellement accusé de voies de fait et de bris de probation, il a comparu le lundi 28 octobre, par vidéo-comparution au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield. 

Anatomie d'une relation toxique

« Jamais je n’aurais cru qu'il pouvait agir comme ça. Il était vraiment gentil. » Quelques semaines à peine après leur rencontre, la jeune femme porte plainte contre son ami de coeur qui se retrouve incarcéré.

« Deux ou trois jours après son entrée en prison, on m'a dit qu'il avait fait une tentative de suicide. Je me suis sentie coupable. » Durant son séjour en prison, l’homme et la femme sont demeurés en contact. « Nous nous sommes parlé, il m'a supplié de ne pas gâcher sa vie. Il disait qu'il ne pouvait pas rester en prison, qu'il allait se suicider, qu'à 23 ans, il voulait aller de l'avant et faire quelque chose de bien, qu'il était désolé. Je l'ai cru et j'ai retiré ma plainte. »  Bien qu'il devait se rendre dans une maison de transition, c'est chez la victime qu'il a trouvé refuge.

Le matin du 19 juillet, tout bascule. « J'ai reçu un message texte de ma cousine et ça l'a rendu jaloux. Je suis sortie dehors prendre l'air et pour lui laisser le temps de se calmer. Il m'a entré de force dans la maison et m'a menacé avec un couteau. Quand il est revenu à lui-même, il m'a demandé d'aller le porter en prison. Il voulait se rendre, il voulait faire son temps. »

En route vers la prison de Cowansville, les choses se corsent et la femme se fait prendre en otage dans son propre véhicule. « Il faisait semblant de me brûler avec le bout de sa cigarette. Je criais, j'avais peur. Mon cellulaire a sonné et il a répondu. Il a dit à ma cousine qu'il allait me kidnapper. Comme il continuait de faire semblant de me brûler et que je criais, ma cousine a eu peur et a appelé la police. »

Le suspect retourne en prison cette fois, pour deux mois. Durant son incarcération, le suspect entre quotidiennement en contact avec la victime. « Il me manipulait, me disait qu'il était désolé, mais qu'il allait se suicider s'il devait rester en prison. Comme il avait déjà fait une tentative, je me sentais coupable. »

Bien que la cour ordonne au suspect de rester loin de sa victime, cette dernière accepte néanmoins de garder contact via messages textes et téléphone. « Il disait qu'il m'aimait, que personne n'allait m'aimer autant que lui, qu'il voulait faire quelque chose de bien de sa vie et moi, je voulais le croire. »

27 octobre 2019

« Ça faisait une semaine que nous ne nous étions pas vus. Il me textait qu'il m'aimait, que tout allait bien, qu'il allait se prendre un appartement et qu'il voulait me voir. Quand il est arrivé samedi soir, il était intoxiqué, mais il m'a dit qu'il allait partir si je le lui demandais. Je me sentais en sécurité. J'avais l'impression qu'il avait compris. »

Le lendemain, rien ne va plus. « Il me demandait sans arrêt si j'avais vu d'autres personnes durant l'été. Il voulait voir mes textos, mes courriels. Je lui ai dit que c'était assez. Il m'a alors menacé de se suicider. Il disait qu'il allait mourir sur moi. Il me traitait de tous les noms, m'insultait. »

Vers 15 h, ce dimanche, une nouvelle crise est déclenchée. « Je lui ai demandé de partir, mais il faisait comme si rien ne s'était passé la veille. J'ai reçu un message texte et il est devenu jaloux. Il voulait encore savoir si j'avais vu quelqu'un durant l'été, quand il était en prison. Même si ce n'était pas vrai, je lui ai dit que oui, j'avais vu une autre personne durant l'été. Tout ce que je voulais, c'était qu'il arrête de m'aimer. Je voulais qu'il parte et ne plus jamais le revoir. C'est là qu'il m'a dit OK, appelle ma mère pour qu'elle vienne me chercher sinon c'est certain que je te tue. Je suis sortie fumer et il m'a suivi. Il a fermé la porte violemment et s'est mis à frapper. Il tremblait de rage. Il me répétait d'appeler sa mère et de lui dire de se dépêcher sinon il allait me tuer. Comme il se trouvait devant la porte, j'ai dû lui demander de me laisser entrer. En entrant pour composer le numéro de sa mère, j'ai voulu barrer la porte derrière moi pour le laisser dehors. Il s'en est aperçu, et s'est mis à me crier des noms. Il a finalement été capable d'entrer dans l'appartement et c'est là qu'il m'a étranglé. Il m'a prise par les cheveux, m'a frappé la tête dans le mur et avec le poing dans les airs, s'apprêtait à me frapper. Je me suis couché en boule par terre, il m'a relevé par les cheveux. »

C’est une voisine alertée par les cris qui a composé le 9-1-1. « J'ai vraiment eu peur de mourir. »

Une opération policière qui aura duré plus de 4 heures

Pendant plus de 4 heures, les policiers ont encerclé l'immeuble. La jeune femme a été en mesure de se libérer de son assaillant et de se rendre aux autorités pour obtenir des soins. Les policiers ont tenté à plusieurs reprises d'entrer en communication avec le suspect, mais sans succès. C'est seulement vers 19 h qu'ils ont finalement pénétré dans l'appartement qui était vide. Le suspect avait pris la fuite.

Il a été retrouvé à Valleyfield vers 20 h. « On assume que sa mère est venue le chercher. Elle devait être en chemin puisque je l'avais appelé pour qu'elle vienne le chercher un peu plus tôt. » La femme a porté plainte pour voies de fait. « Je n'ai pas été capable de porter plainte pour menace de mort. Pas encore, je ne m'en sens pas capable

La victime qui a préféré parler sous le couvert de l’anonymat, rencontrait aujourd’hui des intervenants venant en aide aux femmes victimes de violence conjugale. La femme a accepté de nous livrer son témoignage, dans l’objectif de sensibiliser et de prévenir les autres victimes, et invite celles-ci à porter plainte. 

On rappelle que si vous êtes victime de violence, si vous connaissez quelqu'un qui pourrait avoir besoin d'aide, si vous vous sentez dépassé ou déprimé, plusieurs ressources sont à votre disposition.

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