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30 avril 2021 - 09:00

Les défis sont nombreux en ce temps de pandémie

Immersion dans le quotidien de deux enseignantes du primaire

Marie-Claude Pilon

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

Depuis mars 2020, le métier d’enseignants a évolué et a dû s’adapter à la pandémie qui nous touche depuis maintenant plus d’un an. Enseignement hybride, nouvelles consignes sanitaires, classes fermées…les enseignants sont en mode adaptation depuis maintenant plus d’un an. Entrevues avec deux enseignantes de la région du Suroît.

La première, que nous nommerons Amanda pour les besoins de ce texte, enseigne au sein du Centre de services scolaire de la Vallée-des-Tisserands (CSSVT) et plus précisément au 2e cycle dans une école primaire de Salaberry-de-Valleyfield. Pour elle, l’une des plus grandes difficultés rencontrées a été au début de la crise, en mars 2020.

« Il a fallu s’approprier les outils technologiques pour nous permettre d’enseigner à distance. À l’époque, nous les avions très peu ou pas du tout manipulés, ça a donc pris un temps d’adaptation. Les élèves aussi ont eu à apprivoiser cette nouvelle forme de contacts et la gestion des micros. Surtout à leur âge. Certains ne sont pas autonomes et les parents devaient être près d’eux », résume-t-elle d’entrée de jeu.

En tant qu’enseignante, elle a dû composer avec l’enseignement à distance et la technologie en même temps, un mariage pas toujours évident. « À un moment, je devais enseigner en même temps que gérer la technologie. Par exemple, écrire sur le tableau tout en partageant mon écran aux élèves qui étaient à distance, le tout sans avoir tout le matériel nécessaire ou encore tous les accessoires pour le faire. Ce n’était pas facile de faire toutes ses manipulations et de se concentrer sur la matière à transmettre, le tout à distance. »

L’évaluation de l’élève ou du parent?

Autre difficulté apportée par ce nouveau mode d’enseignement: l’évaluation. Comment évaluez les connaissances d’un élève si on est incapable de démontrer que c’est ce dernier qui a fait le travail demandé? « Quand l’élève est à la maison, c’est difficile de savoir s’il est le seul à avoir fait un travail ou un exercice. Est-ce qu’il a reçu de l’aide? Si oui, de qui et à quel pourcentage? Est-ce qu’un de ses parents, ou frères et soeurs, a fait une partie du devoir ou du travail? C’est sûr que cet aspect complique beaucoup la tâche d’évaluation de l’élève. Pour le moment, je n’ai pas eu à évaluer un élève dans ces conditions, mais c’est définitif que ce sera plus difficile de le faire si l’enseignement se fait à distance.»

Moins de temps seul pour l’enseignant

Avant la pandémie, les professeurs profitaient des récréations et de la pause dîner pour faire quelques tâches: préparation de cours, corrections ou autres. Mais avec la crise, les récréations extérieures sont déplacées, escamotées ou se passent à l’intérieur, en classe, afin de ne pas mélanger les bulles classes. Résultat? L’enseignement a moins de temps pour lui et pour compléter ses tâches, ce qui l’oblige à rapporter  davantage de travail à la maison.

Ça c’est sans compter les horaires qui changent en fonction des nouvelles consignes de santé publique. «  À mon école, chaque classe alterne pour les récréations à l’extérieur. Par exemple, le matin, on peut en avoir une dehors, mais l’après-midi, ça se passe en classe. Cet horaire a un impact sur l’élève. Si celui-ci n’a pas joué dehors, il brûle moins d’énergie et l’après-midi, ou le reste de la journée, est plus difficile sur le plan de la concentration. »

Tous ses changements, jumelés aux obligations familiales des enseignants qui sont aussi parents, amènent chez eux une fatigue mentale importante. « Actuellement, à six semaines de la fin de l’année scolaire, on se sent comme à la fin d’une grosse année en juin. Chaque jour, on ne sait pas ce qui nous attend ou si on va basculer, dans 24 heures, en enseignement à distance. Est-ce que ma classe sera fermée demain? Je ne sais pas. Je dois me tenir prête à tout moment à faire l’enseignement à distance et c’est pareil pour mes deux garçons qui peuvent aussi avoir de l’école à la maison n’importe quand. »

Est-ce que la décision du ministre Roberge quant à la production de deux bulletins scolaires en 2021 est une bonne chose? « Je dirais que dans les circonstances, oui. Les élèves ont commencé en septembre avec l’équivalent de deux mois de retard en termes d’apprentissages à rattraper. Donc avoir un bulletin en novembre aurait été difficile. Donc, oui, c’est une bonne chose pour cette année particulière. »

Enfin, quel message aimerait-elle adresser aux parents? « Même si nous sommes fatigués et épuisés, sachez que nous donnons toujours notre 100% pour les enfants. Tous les changements et modifications que nous faisons, c’est pour qu’ils réussissent au meilleur de leurs capacités. »

Moins de services pour les élèves

La seconde enseignante interrogée par Néomédia, que nous appelons Kathy, travaille au 1er cycle dans une école primaire du Centre de services scolaire des Trois-Lacs, dans la région de Vaudreuil-Soulanges.

L’un des côtés plus difficiles de la pandémie pour les élèves selon elle, est la diminution des services qui leur sont destinés. « Il y a une pénurie importante de personnel qui est accentuée par la situation actuelle. Les enseignantes enceintes sont retirées très tôt et plusieurs services comme l’orthopédagogie n’ont plus lieu, ce qui cause un stress aux enseignants, aux parents, mais aussi aux élèves qui sont en difficulté », image-t-elle.

Sur plusieurs points soulevés précédemment, elle rejoint sa collègue enseignante quant aux ramifications qu’entraînent la pandémie sur sa profession. Toutefois, elle apporte quelques précisions supplémentaires dont celle que l’enseignement à distance affecte l’autonomie des élèves. « À la maison, ils ont beaucoup d’aide des parents, mais en classe, ce n’est plus le cas. Ils ont pris l’habitude d’avoir papa ou maman très près, mais à l’école, le ratio est d’un adulte pour une vingtaine d’enfants. Ils ont moins d’endurance à rester concentrer en classe pendant 30 ou 40 minutes consécutives puisqu’ils ne le font pas à distance. »

Au primaire, les enseignants utilisent beaucoup les contacts visuels pour communiquer avec les élèves ou savoir s’ils ont compris la matière. L’enseignement à distance peut compliquer cette façon de faire. « C’est pas évident de savoir si un élève a bel et bien compris la matière si 20 élèves sont  en enseignement à distance en même temps. Ça c’est sans parler de la connexion Internet qui peut faire des siennes à tous moments. Si moi, je perd ma connexion, est-ce que les élèves vont quitter? C’est une source de stress aussi la technologie. »

Même si elle enseigne à de jeunes enfants, Kathy témoigne qu’ils sont anxieux face à la situation actuelle. « On le sent beaucoup chez les élèves. Ils ne savent pas s’ils reviendront en classe demain ou s’ils basculeront en enseignement à distance. Je suis chanceuse parce que j’ai des parents d’élèves en or qui sont très présents pour leurs enfants en cas d’enseignement à la maison. Mais c’est une source de stress pour tout le monde », indique celle qui est aussi maman de trois enfants dont deux sont scolarisés au primaire.

Bien qu’utile pour se protéger, le masque et la visière peuvent aussi apporter son lot de désagréments pour les enseignants. « Personnellement, je force ma voix pour que les élèves me comprennent bien, alors je me retrouve avec des maux de gorge », conclut-elle.

Dans six semaines, les deux enseignants pourront profiter de la période estivale pour se reposer avant de revenir en août 2021 pour une nouvelle rentrée scolaire qui apportera son lot de défis.

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