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l'industrie milite pour un changement de réglementation

La distillerie 3 lacs résiste à la crise des microdistilleries au Québec

durée 09h00
3 juin 2022
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par Jean-Michel Lhomme, Journaliste

Depuis quelques années le phénomène des microdistilleries est en plein essor au Québec. La région ne fait pas exception, et, en quelques années seulement, la distillerie 3 Lacs à Salaberry-de-Valleyfield a réussi à se faire une belle réputation. Pour autant, bien que largement plébiscitées par les consommateurs, ces entreprises restent particulièrement fragiles.

Nicolas Bériault, l’un des 3 fondateurs de la distillerie 3 lacs (ouverte en 2019) le reconnait humblement « Quand on se compare, on fait partie des distilleries qui vont bien ». Cette réussite relative tient principalement à la diversification de l’offre de la distillerie qui a eu la bonne idée de lancer des produits prêts à boire. 

Pour autant, pour Nicolas et son équipe, les défis sont nombreux :« Il y a l'augmentation du prix des matières premières. Pour nous, c'est majeur et cela représente des centaines de milliers de dollars. Par exemple, il y a une pénurie de verre : difficile de se procurer des bouteilles au point où en Ontario, des confrères en sont rendus à mettre leurs produits en canette. Il y a aussi l’augmentation des frais de transport, des matières premières (maïs, blé, etc.), l’augmentation du prix du papier, du carton. »

C’est pour cela que pour près de deux microdistilleries sur trois, la situation est vraiment préoccupante. Au point même de faire planer la menace de banqueroute pour nombres d’entreprises.

La SAQ, un partenaire bienveillant, mais qui a lui aussi ses limites

En 2022, le Québec recense une soixantaine de microdistilleries contre seulement une petite dizaine, il y a quelques années à peine. Cette croissance est à la fois le signe d’un indéniable succès, mais aussi une difficulté commerciale majeure. Car au Québec, la vente d’alcools est un quasi-monopole de la SAQ.  Et, bonne nouvelle pour l’économie québécoise, celle-ci joue le jeu de la production locale.

Sauf que les étagères de la SAQ ne sont pas plus extensibles que d’autres. Tous ceux qui ont un jour, dû découper un gâteau d’anniversaire le comprendront aisément : plus on a de convives et plus les parts de chacun sont petites.  « Auparavant, une fois référencé, on était capable d'avoir un produit dans 250 à 275 magasins à la fois. Maintenant, il y a tellement produit qu’on arrive à peine à être dans 200 magasins » explique Nicolas Bériault. 

Évidemment, comme tous les gourmands, on pourrait penser qu’il suffit simplement de faire de plus gros gâteaux. Malheureusement, agrandir les 400 succursales de la SAQ est un peu moins aisé que de doubler les proportions de votre recette sucrée préférée.

Les entrepreneurs le savent bien, face à ce type de blocage structurel, il n’y a qu’une solution : trouver un autre relais de croissance. En l’occurrence cela revient à développer un canal de commercialisation additionnel pour espérer récupérer ailleurs, les parts de marché perdues à l a SAQ. Sauf que, compte tenu de la régulation sur les ventes d’alcools, les possibilités offertes aux microdistilleries sont vraiment peu nombreuses. La vente sur le lieu de production en est une !

L’impossible plan B

La vente sur site de production ce n’est pas qu’un canal de vente de plus. C’est d’abord une rencontre entre producteurs et consommateurs. Une expérience qui participe activement à la vie des centres-ville dans lesquels les microdistilleries sont souvent installées. 

Pour se faire, les microdistilleries doivent investir : dans leurs capacités d’accueil (avec du personnel et du matériel), dans un système de caisse, dans la communication, etc.  C’est exactement ce que font nombre de maraîchers, de cultivateurs, d’agriculteurs qui vendent directement leurs produits à la ferme. Et cela fonctionne bien, car sil y a bien des coûts additionnels, il n’est plus nécessaire de payer pour les services de l’épicerie. L’économie ainsi réalisée permet à la fois de couvrir les frais de vente, mais aussi d’augmenter les gains du producteur… tout en proposant au consommateur un produit moins cher qu’ailleurs. Simple. Efficace. Et si cela fonctionne pour eux, forcément, cela doit pouvoir fonctionner pour tout le monde. Et bien, ce n’est pas si simple.

Car dans la volonté de structurer et réglementer la vente d’alcool, le législateur n’a pas vraiment imaginé qu’un jour, les producteurs souhaiteraient vendre eux-mêmes leurs produits. « Les réglementations nous affectent grandement et ralentissent notre croissance.» insiste le co-fondateur de la distillerie 3 lacs.

La réglementation en question est la suivante : 

  • Qu’elle soit vendue à la SAQ, sur le site de production ou ailleurs, le prix de vente d’une bouteille doit être le même partout.
  • Quand un produit est vendu en SAQ, celle-ci prélève une commission (appelée majoration) de 52%. Sur cette majoration, la SAQ reverse à peu près la moitié au gouvernement, le reste servant à couvrir les frais de mise sur le marché. Tout travail mérite salaire.
  • Mais, si le produit n’est pas vendu dans une SAQ et qu’il n’y a donc pas de travail réalisé par la succursale, le producteur-vendeur a alors l’obligation de reverser une majoration quasiment identique à la SAQ (50% contre 52% en succursale). 

Et c'est bien ce dernier point qui pose problème à l'industrie : C’est comme si, en allant acheter vos légumes à la ferme, vous deviez continuer à payer la marge de Métro ou IGA. 

Le difficile arbitrage entre équité, équilibres et maîtrise des comptes publics

L’Union Québécoise des Micro Distilleries (UQMD) estime que de la viabilité de cette vente sur site, dépend la survie de nombres d’entreprises. C’est pourquoi, sans revenir sur le prix de vente unique, le syndicat demande au gouvernement de baisser fortement le taux reversé à la SAQ sur les ventes sur site. Cela permettrait aux entrepreneurs de couvrir leurs frais et de continuer à se développer. 

Contacté par Néomédia, le cabinet du ministre des Finances n’est pas tout à fait du même avis « Notre gouvernement a toujours défendu les entrepreneurs, et surtout les entrepreneurs en région. Nous avons rencontré l’UQMD, et nous les avons écoutés. Il est important de rappeler que la majoration des distillateurs a déjà été réduite lors de la vente sur place. Modifier la majoration pourrait aller à l’encontre des accords commerciaux et mettre en jeu nos revenus et nos services publics. Notre gouvernement déposera prochainement un projet de loi qui comprendra des allégements réglementaires pour aider nos producteurs d’alcool locaux. »

Si le débat s’annonce intense, Nicolas Bériault espère que la proximité des élections provinciales pourra en facilitera l’issue. À suivre.
 

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