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22 mars 2021 - 10:00

Un métier aux nombreuses facettes

Dans les coulisses du métier de thanatologue avec Alexandre Larin, 28 ans

Marie-Claude Pilon

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

Cette semaine, dans le cadre de sa série de reportages Dans les coulisses de…Néomédia s’est intéressé à un sujet qui existe depuis la nuit des temps: la mort. Rencontre avec le thanatologue Alexandre Larin, 28 ans, qui a plongé, tête première, dans ce métier il y a huit ans maintenant.

On peut dire sans se tromper que le métier de thanatologue est peu commun et encore moins auprès des jeunes dans la vingtaine. C’est pourtant, la profession choisie par Alexandre Larin, 5e génération de cette famille bien connue dans la région du Suroît. Il y a plus de 100 ans maintenant son ancêtre a démarré J.A. Larin & Fils, une bannière familiale qui a bien évolué depuis.

« Ce qui me passionne dans cette profession, c’est l’aide que j’apporte aux familles lors de moments difficiles. C’est valorisant, puisque les gens se confient très souvent à nous. Ils nous font confiance pour passer à travers cette étape de leur vie », explique-t-il.

Chez J.A. Larin, on compte quatre thanatologues qui prennent soin des dépouilles des gens exposés dans toutes les succursales de l’entreprise situées dans la région.

Une forme d’art

Pour Alexandre Larin, le métier de thanatologue est une forme d’art. « On est partie prenante du processus pour rendre digne la personne pour la dernière fois. C’est valorisant aussi sur le plan personnel parce qu’on sait que bien souvent ça aide les gens avec leur processus de deuil. Pour moi, c’est vraiment une profession en soi », ajoute-t-il.

Notons que dans les faits, ce ne sont pas tous les salons funéraires du Québec qui ont des thanatologues à même leurs installations. C’est que des coûts importants sont engendrés pour accueillir les dépouilles et faire leur embaumement sur place.

Au siège social de  J.A Larin & Fils à Salaberry-de-Valleyfield, sur la rue Victoria, on retrouve un laboratoire où les dépouilles sont préparées avant d’être portées au dernier repos. Un four crématoire fait aussi partie des équipements sur place pour accueillir les dépouilles destinées à l’incinération.

Des mythes à déboulonner

À quels mythes fait face Alexandre Larin lorsqu’il dévoile sa profession? « Il y a quelques questions qui reviennent plus souvent. Par exemple, les gens pensent qu’on incinère plus qu’une dépouille à la fois. C’est faux, on ne peut pas. Le four crématoire peut en contenir seulement une. D’autres croient que ce ne sont pas les vraies cendres des gens dans les urnes ou encore que ce n’est pas la bonne personne. Ça aussi c’est faux. Nous avons une procédure d’identification numérique et papier des dépouilles en trois étapes. On s’assure de transporter la bonne personne avant le transport, pendant et à l’arrivée au Salon avec une photo », mentionne-t-il.

Beaucoup le questionne sur son choix de carrière quand ils connaissent sa profession. « On me demande si j’ai peur. La réponse est non. Je pense que ça dépend de ta vision personnelle de la mort. Pour moi, la mort est paisible, c’est une autre étape de vie. Je n’ai pas peur de travailler avec des gens décédés. Par contre, il m’arrive d’être plus touché par certains que par d’autres. Par exemple, si je dois préparer la dépouille de quelqu’un de mon âge ou d’un enfant, c’est certain que ça m’affecte. »

Étonnamment, Alexandre Larin a été tenu à l’écart de l’entreprise familiale pendant son enfance. Ce n’est qu’à l’adolescence qu’il a eu ses premiers contacts avec celle-ci. « Mon père ne m’a jamais rien imposé. Ma soeur et mon frère n’étaient pas intéressés à reprendre l’entreprise familiale et moi non plus à cette époque. Je m’étais même inscrit au Cégep de Valleyfield en sciences humaines quand mon père a abordé la question sérieusement avec moi. Après avoir dit que je voulais sérieusement prendre la relève, j’ai bifurqué de domaine d’études. »

Alexandre prend donc le chemin de l’Ontario où il étudiera dans un Cégep pendant 2 ans et demi. « On peut faire un DEC au Collège Rosemont, mais je voulais parfaire mon anglais. Là-bas, la formation était plus courte et les stages étaient rémunérés, ce qui était aussi intéressant. »

Un métier imprévisible

L’un des côtés attirants de la profession de thanatologue est son côté imprévisible. « On ne sait jamais de quoi la journée sera faite. On peut rencontrer une famille pour planifier une cérémonie, faire des transports, contacter des églises et des cimetières pour planifier les funérailles, remplir les papiers officiels demandés par le gouvernement à la suite d’un décès, procéder à l’embaumement ou à l’incinération, mais aussi répondre à des courriels ou gérer le site web. Donc, l’éventail des tâches est assez large », énumère-t-il.

Sans parler des horaires variables qui obligent les thanatologues de garde à récupérer une dépouille de jour comme de nuit. « Ça demande des sacrifices personnels importants, mais c’est aussi un métier aux nombreux avantages. Je suis en contact étroit avec le public, je me déplace dans la région, je découvre parfois certaines églises ou même des cimetières, que je ne connaissais pas, je suis aussi en contact avec plein de gens aux histoires variées et intéressantes. »

Enfin, quelles sont les qualités essentielles à posséder pour pratiquer ce métier? Selon Alexandre, il faut être emphatique, dévoué et être extrêmement disponible puisque les soirs et les fins de semaine sont achalandés. Il faut aussi faire preuve de minutie et d’un certain sens artistique, en plus d’être à l’aise autant en laboratoire qu’avec le public.

Si l'on se fie à l’historique familial des Larin, Alexandre sera à la barre de l’entreprise familiale pour de nombreuses années. À son tour, dans quelques décennies, il cédera la place à son successeur et ainsi de suite.

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